Les planorbes rebelles #3


Sud de la France


Après avoir traversé les Pyrénées catalanes,la délégation zapatiste passe par Toulouse. Une rencontre a lieu place Arnaud Bernard, quartier populaire de la capitale de l’Occitanie. Comme en Espagne, des centaines de personnes sont là pour accueillir la délégation  le sud-ouest de la France. Cette après-midi, la délégation zapatiste est accueillie avec des paroles, de la musique et des chants combatifs et affectueux, ainsi que des banderoles peintes et des slogans en soutien aux luttes des peuples en résistance. Une petite différence en plus de la température, même si les membres du comité d’accueil s’adressent encore à elle/eux en « castilla », tout autour on parle en français.


Marijosé a prononcé quelques mots d’adieu : « Frères, sœurs, au nom des camarades de l’escadron 421, nous vous remercions d’avoir été là en ce moment, et à tous les collectifs qui font tout leur possible pour que cette tournée soit la meilleure possible. À tous les collectifs qui font leur part pour rendre cette tournée possible : Nous sommes très heureux et reconnaissants qu’ils nous aient reçus ici en ce moment. Et au nom de tous les peuples zapatistes, nous sommes très heureux. – Nous aussi ! » a réagi spontanément une personne. « Merci. L’ennemi voulait nous enterrer vivants et a oublié que nous sommes des graines et que nous sommes ici pour germer et tracer de nouveaux sillons, nous allons vers la vie, compañeros et compañeras. Hasta la vida siempre ! « . Les lettres « E,Z,L,N » immédiatement été entendues à l’unisson. comme à chaque fois … « E,Z,L,N,E,Z,L,N,E,Z,L,N« 


La Gira por la Vida n’est pas la première expérience qui a conduit des délégations zapatistes ou proches des zapatistes en Europe. A l’automne 1996, l’EZLN a désigné deux délégué/e/s, pour briser l’isolement imposé par le gouvernement mexicain en traversant l’Océan. C’est ainsi qu’elle et il arrivèrent en France pour rencontrer des organisations politiques, des syndicats (dont la CGT) des intellectuels, le Parti communiste français, les verts, le Parti socialiste, Danielle Mitterrand et même la publication de satire politique Charlie Hebdo, selon un rapport du journal L’Humanité de l’époque. coïncidence ou planification sur un quart de siècle, aujourd’hui, une de ces deux personnes déléguées joue le rôle d’intermédiaire entre L’EZLN et la coordination internationale, il a traversé l’Atlantique dans la Montagne et accompagne l’Escadron 421 dans ses déplacements.

Deux ans auparavant, le Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte, référence francophone en matière de zapatisme, s’était formé suite à une rencontre avec Amado Avendaño. Le CSPCL récemment endeuillé par la perte de Marc Tomsin, un de ses membres fondateur. Ce n’est pas moins de dix séjours qu’il y effectua, entre 1996 et 2006. Anarchiste, ancien correcteur au Monde, animateur de La Voie du Jaguar et passionné par l’édition (il avait notamment créé les éditions Rue des Cascades) cet indien métropolitain a travaillé a faire connaître la pensée zapatiste dans le monde francophone comme personne. R.I.P. Marc et condoléances à ses proches.


Plus récemment, en 2019, Marichuy qui (première candidate indigène dans l’histoire du Mexique a avoir participé à la course électorale pour la présidence du pays) avait visité des villes au Pays Basques, mandatée par le Congrès national indigène pour dénoncer le gouvernement d’AMLO et les méga-projets de son administration (comme le Train de l’Isthme et le Train Maya), entre autres.

Paris

« Vive la Commune de Paris ! On est là ! On lâche rien ! On veut tout ! »


Le 10 juillet, transportés à Paris en camionnette, les zapatistes arrivent à la Parole Errante, pleine de fleurs et de couvertures colorées, de fresques photographiques en noir et blanc comme celles d’Extinction Rébellion. Au cours d’une cérémonie d’accueil festive qui a duré trois heures, l’Escadron 421 a pris la parole pour se présenter, saluer et remercier les collectifs de la région parisienne qui s’organisent « en bas, à gauche ».

Après avoir chanté l’hymne zapatiste, la délégation maritime a écouté et enregistré les interventions de plusieurs femmes militantes : l’Assemblée locale de Montreuil et la Coordination Île de France, le Réseau d’entraide Vérité et Justice avec les familles des victimes de la violence d’État, qui ont nommé une longue liste de leurs morts par le racisme d’État, un collectif de sans-papiers, des Gilets jaunes et les usagers des jardins ouvriers Jardin à Défendre d’Aubervilliers (JAD) et des Gilets jaunes:


 « Nous n’abandonnerons pas, malgré les efforts des personnes au pouvoir pour nous diviser. Nous devons détruire le capitalisme avant qu’il ne nous détruise. Nous ne voulons pas de réformes, nous voulons tout, c’est-à-dire reprendre nos vies en main, construire le monde que nous voulons voir dans la réalité, en construisant des cantines pour les plus défavorisés, en pratiquant la démocratie directe au niveau local, en participant activement au niveau national dans nos assemblées d’assemblées ».


Avant les brefs mots d’adieu de l’escadron, un hommage émouvant a été rendu à Simón Pedro Pérez López, de l’organisation civile Las Abejas, récemment assassiné, ainsi qu’aux deux membres du CSPCL Marc Tomsin et Bastien Roche.


L’après-midi zapatiste été animée par des chants, une version hippie de La Llorona en nahuatl, par l’enthousiasme de Bato Loko, du Círculo Fandanguero de Paname, ainsi que du Chœur de la Place des Fêtes. Tandis que la maître de cérémonie, boulangère à La Conquête du Pain, annonçait l’arrivée prochaine de la délégation aérienne du mouvement rebelle à l’aéroport de Roissy, la date restant encore à déterminer. 


Boire du café rebelle en attendant les zapatistes


Plusieurs membres du RAZB était à Paris ce we pour accueillir l’Escadron 421. Elles et ils font également partie de Cafez et Kawaz, deux collectifs distribuant du café produit par les familles zapatistes rassemblées en coopérative. Depuis de nombreuses années, d’abord Cafez à Liège et ensuite Kawaz à Bruxelles, distribuent un café du Chiapas, 100% arabica, bio et solidaire. Ces deux collectifs s’organisent avec Echanges Solidaires, association française, émanation du CSPCL créée en 2003 pour pour diffuser le café produit par les coopératives zapatistes, et qui importe le café par containers maritimes. 

Ce type de relation commerciale ( on achète et on revend) permet d’échapper au racket organisé des «coyotes» (intermédiaires qui leur achètent le café à bas prix pour le revendre aux multinationales du café) et à volatilité   du cours du café, fixé dans les bourses mondiales. Vendre du café est « une manière concrète d’accompagner le mouvement zapatiste dans sa marche vers une autonomie culturelle, politique et économique, en empruntant des chemins alternatifs. Il s’agit aussi de tisser d’autres relations avec des luttes d’ici et de là-bas » et d’essayer de construire des alternatives au business mondialisé pour lequel il n’y a pas d’autre horizon que l’accumulation de pognon.

Ce café arrive une fois par an au port du havre. Généralement, c’est au milieu de l’été, le temps de le dédouaner, il est disponible dans le courant du mois d’août. Cette année, il est arrivé plus tôt. Les membres de Kawaz ont quitté Paris pour se rendre au port du Havre et charger le café qui sera bientôt distribué à Bruxelles. En arrivant au Havre le temps était orageux. La manche était agitée. Ils ont dit « Traverser l’Atlantique en voilier pour envahir l’Europe et la baptiser SLUMIL K’AJXEMK’OP, c’est quand même fort de café » (*)


En attendant la venue d’une partie de la délégation zapatiste en Belgique et pour la financer, ce café est mis en vente sur la boutique solidaire.

(*) SLUMIL K’AJXEMK’OP signifie “Terre rebelle”, ou “Terre qui ne se résigne pas, qui ne défaille pas”. 

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